Généralement fils et petit-fils de cornac, l’homme qui conduit un éléphant est dépositaire d’une culture plusieurs fois millénaire. Elle concerne la conduite de l’éléphant bien sûr, mais aussi les soins journaliers que réclame l’animal, ses habitudes à l’état sauvage, l’art du diagnostique en cas de maladie, la juste appréciation de son caractère et de ses capacités, ses amitiés ou inimitiés au sein d’un troupeau domestique, la mémoire traumatisante qu’il conserve de certains événements, et qui influent sur son comportement, la confection et l’entretien des harnais, la compréhension des traces dans la jungle, et mille autres détails encore.
Personne ne peut prétendre avoir un réel pouvoir sur un éléphant sans une expérience remontant à l’enfance : Tous ont joué avec des éléphanteaux avant même de savoir parler. La science du cornac est d’autant plus complexe qu’il s’occupe d’un animal capable de garder, lui aussi, en mémoire une somme d’expériences considérable.
Pour soumettre un éléphant, il faut plus que l’intelligence et la ruse : il faut de l’amour et du respect. Car, s’il est vrai qu’on peut briser un éléphant par la violence, on ne mobilise toute son intelligence et sa puissance que par la douceur.

L’espérance de vie de l’homme et celle de l’éléphant étant sensiblement égales, on choisit généralement un jeune cornac pour s’occuper d’un animal dont on achève le dressage. L’idéal est même que le cornac y participe personnellement. Lorsqu’un animal de 15 ans commence sa carrière avec un cornac du même âge, plusieurs décennies de vie commune les attendent. A quarante ans, atteignant tous deux la force de l’âge, leur complicité est devenue exemplaire.
